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Paris à l’arraché : Jacques Villeglé et l’art de l’affiche lacérée au musée Carnavalet

Le musée Carnavalet consacre depuis le 14 octobre 2026 une grande exposition à Jacques Villeglé, figure majeure de l’art urbain français et inventeur d’un geste devenu mythique : décoller les affiches lacérées des murs de Paris pour en faire des œuvres. « Paris à l’arraché. Jacques Villeglé et l’art urbain » se tient jusqu’au 14 février 2027, l’année du centenaire de la naissance de l’artiste. Pour qui travaille dans le graphisme ou l’illustration, c’est une visite qui vaut bien des cours de composition.

L’affiche lacérée, une œuvre trouvée dans la rue #

Jacques Villeglé (1926-2022) n’a presque jamais peint. À partir de la fin des années 1940, il arpente Paris et prélève sur les palissades des fragments d’affiches déchirées par les passants, le vent et le temps. Ces superpositions accidentelles — typographies tronquées, aplats de couleur qui s’entrechoquent, visages à moitié arrachés — deviennent, une fois marouflées sur toile, des compositions d’une modernité saisissante.

L’artiste se décrivait lui-même comme un « historien releveur » : chaque affiche est datée et localisée, si bien que son œuvre constitue aussi une archive involontaire de la publicité, du cinéma, de la politique et de la culture populaire françaises sur plus d’un demi-siècle. L’exposition du musée Carnavalet, musée de l’histoire de Paris, joue précisément sur cette double lecture : l’œuvre plastique et le document historique.

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Ce que montre l’exposition #

Le parcours présente les affiches lacérées aux côtés de photographies, d’archives sonores, de musique, d’extraits de films, d’entretiens et de témoignages, dont de nombreux documents inédits, comme le détaille la page de l’événement sur Paris.fr. Au-delà de Villeglé, l’accrochage replace son geste dans soixante-dix ans d’art urbain parisien, des lettristes aux graffeurs contemporains, selon la présentation qu’en fait Sortir à Paris.

Côté pratique : le musée Carnavalet se trouve au 23 rue de Sévigné, dans le 3e arrondissement, et ouvre de 10 h à 18 h, fermeture hebdomadaire le lundi. L’exposition court jusqu’au 14 février 2027, ce qui laisse le temps d’y passer un après-midi d’hiver.

Pourquoi les graphistes devraient y aller #

Villeglé est souvent rangé du côté de l’art contemporain, mais son matériau de base, c’est le nôtre : l’affiche imprimée, la typographie de rue, la couleur en aplat. Ses lacérations sont une leçon involontaire de hiérarchie visuelle — on y voit ce qui survit d’une composition quand on lui retire 80 % de sa surface. Une lettre capitale tronquée reste lisible ; un bon contraste de couleur résiste à la déchirure ; un visage mal cadré disparaît.

Trois choses à observer sur place

D’abord, la typographie d’époque : les affiches des années 1950-1970 sont un musée vivant du lettrage publicitaire français, des linéales grasses des concerts aux didones des spectacles. Ensuite, les accords chromatiques accidentels : les superpositions produisent des palettes qu’aucun directeur artistique n’aurait osées, et qui fonctionnent. Enfin, le rythme : Villeglé choisissait ses fragments comme on cadre une photo, et ses « compositions trouvées » sont des exercices de mise en page à méditer.

Un héritage très actuel #

Le geste de Villeglé — s’approprier le visuel ambiant, le découper, le recomposer — irrigue aujourd’hui tout un pan de la création : collage numérique, textures de rue dans les identités visuelles, esthétique « torn paper » qui revient régulièrement dans les tendances graphiques, jusqu’aux brushes de déchirure que l’on retrouve dans nos outils de création. Voir les originaux rappelle une chose que l’écran fait oublier : la matière. Les couches d’affiches ont une épaisseur, des gondolements, des transparences que les textures numériques imitent sans jamais les égaler.

Pour les illustrateurs et graphistes qui cherchent à nourrir leur pratique autrement que par les flux d’images en ligne, cette exposition est l’occasion rêvée de remonter à l’une des sources. Et Carnavalet, musée gratuit dans ses collections permanentes, mérite de toute façon le détour pour ses salles consacrées aux enseignes parisiennes — un autre trésor de lettrage.

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